Les Médias Universitaires pour la Paix (MEDUPAX) lancent officiellement, ce vendredi 24 juillet 2026, de 12h à 13h, une série d’émissions radiophoniques. Le rendez-vous est donné en direct sur Radio ISDR Bukavu et en simultané sur Radio UOB Noble Source.
L’objectif de cette initiative est de transformer les milieux universitaires en espaces de paix et de cohésion pacifique. Dans un contexte où les guerres à répétition ont laissé des traumas profonds, où la violence s’est progressivement banalisée et où les discours de haine finissent parfois par s’inviter jusque dans les auditoires, MEDUPAX fait le pari du dialogue et de l’intelligence collective.
Pour M. Vital Maisha, chargé de programme et d’information à la Radio ISDR Bukavu, l’urgence ne se discute plus.
« Nous voyons la violence se banaliser. Nous voyons la haine circuler de couloir en couloir. Si l’université ne réagit pas, nous risquons de former une génération moins résiliente », prévient-il.
Selon lui, ces émissions répondent à plusieurs défis. Il faut d’abord prévenir : un étudiant sensibilisé à la paix devient un rempart contre la rumeur et la stigmatisation. Il coupe la chaîne avant que le conflit n’éclate. Il faut ensuite éduquer, car la paix ne s’improvise pas : elle s’apprend et elle se pratique. C’est pourquoi MEDUPAX veut outiller les jeunes avec des méthodes concrètes de médiation et de gestion des conflits.
L’université a aussi un devoir de mémoire. Les conflits nous ont blessés, et si l’on tait la douleur, elle se transforme en ressentiment. Le campus doit être le lieu où l’on nomme la souffrance pour la dépasser ensemble, mais aussi celui où l’on déconstruit les peurs. Trop de jeunes grandissent avec la méfiance de l’autre. L’université doit être cet espace où l’on juge les idées et non les origines, les tribus ou les langues. C’est ici qu’on apprend à vivre avec nos différences au lieu de les subir, insiste-t-il.
Vital Maisha rappelle que l’enjeu est également celui du leadership. L’université forme les bâtisseurs de demain : les journalistes, les autorités, les enseignants, les leaders d’opinion. S’ils quittent les amphis sans culture de paix, qui portera la cohésion dans ce pays ? Ce sont eux qui prendront des décisions qui toucheront des milliers de vies.
« Le campus a une autre mission. Un universitaire doit savoir vérifier, recouper, écouter l’autre avant de parler. C’est une compétence de paix. Le campus doit opposer à la haine la vérité, la nuance et l’humanité », souligne-t-il.
Parce que nous sommes dans la région des Grands Lacs, la réflexion doit dépasser les frontières. Ce qui se passe à Goma nous touche à Bukavu. Le rôle de l’universitaire, dit Vital Maisha, est de construire des ponts au lieu de dresser des murs.
Il évoque enfin la nécessité de transformer les traumas en force. La douleur peut détruire ou construire. Il faut en faire le socle de notre engagement pour le vivre-ensemble. Un jeune qui a compris la valeur de la paix devient son meilleur avocat.
« L’amphithéâtre ne doit pas être le prolongement de la rue. C’est un sanctuaire de la raison, de la science et du dialogue. Chaque étudiant formé ici doit devenir un relais. Dans sa famille, son église, son quartier, il peut éteindre un conflit avant qu’il ne commence. Nous ne voulons pas d’universités qui produisent des cerveaux brillants mais vides. Nous voulons des bâtisseurs. Des citoyens responsables, capables de dire non à la manipulation et oui à la cohabitation », martèle Vital Maisha.
Cette première émission portera sur le thème : « Rôle des universitaires dans la promotion de la paix en RDC et dans la région des Grands Lacs ». Elle réunira Joseph Baraka, Henriette Ramandizi et Junior Kamwele, avec la présentation de Vital Maisha et Pascal Baraka.
Cette initiative est soutenue par Hope and Peace DRC, convaincu que la voix des étudiants peut changer le narratif.
Sabin Munguakonkwa