Lors de son discours annuel au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, vendredi au Vatican, le pape Léon XIV a livré une lecture géopolitique marquée par l’inquiétude face aux conflits prolongés en Afrique, et en particulier dans la région des Grands Lacs. Le souverain pontife a plaidé pour une réponse internationale fondée sur la justice, la paix et le respect du droit humanitaire.
L’Afrique, un continent évoqué à travers des crises distinctes
Dans son allocution de vœux pour la nouvelle année, le pape Léon XIV a tenu à dissocier les réalités africaines, refusant de considérer le continent comme un tout homogène. Le Saint-Père a ainsi dressé un tableau composé de crises multiples : conflits armés, instabilités politiques, violences djihadistes et déplacements massifs de populations.
La région des Grands Lacs occupe une place de premier plan dans cette analyse. Évoquée comme un espace meurtri par « des violences depuis des décennies », elle demeure, selon le pape, un foyer de souffrance humaine nécessitant « une solution définitive, juste et durable ».
Grands Lacs, Soudan, Sahel : le Vatican alerte sur la persistance des violences
Le pape Léon XIV a également mentionné la situation dramatique au Soudan, décrit comme « un vaste champ de bataille », et l’instabilité chronique au Soudan du Sud. Le regard du Saint-Siège s’étend en outre aux violences liées à des groupes extrémistes au Sahel, au Nigeria et dans la province mozambicaine de Cabo Delgado.

Le souverain pontife a rappelé l’attaque meurtrière contre la paroisse Bienheureuse-Anuarite de Komanda, en Ituri à l’Est de la RDC, attribuée à des combattants affiliés à l’organisation État islamique. Cette attaque avait coûté la vie à au moins 43 civils, un drame qui avait suscité une réaction immédiate du Vatican
Un appel à la défense du droit international humanitaire
Au-delà des crises, le pape Léon XIV a situé son discours dans un contexte mondial de fragilisation du multilatéralisme et de recours accru à la force. Il a exhorté la communauté internationale à réaffirmer la primauté du droit international humanitaire, la protection des civils et le rôle fondamental des Nations unies dans la prévention et la résolution des conflits.
Il a souligné que les migrations forcées ,nombreuses en Afrique résultent non seulement des guerres, mais aussi des conséquences du changement climatique qui touche « différentes régions d’Afrique et d’Asie ».
Une lecture ancrée dans l’expérience personnelle du pape
Le regard du pape Léon XIV sur l’Afrique est nourri par son propre parcours. Religieux de l’Ordre de Saint-Augustin (OSA), il connaît particulièrement bien le continent. Il s’y est rendu à deux reprises, en 2003 et en 2009, alors qu’il était supérieur général de l’Ordre.
Sa vision, centrée sur la paix, la dignité humaine, le dialogue et la justice, s’écarte volontairement des analyses basées sur les rivalités géopolitiques, les ressources naturelles ou les enjeux militaires.
Benjamin MUKANIRE