Dans leur bulletin bi-hebdomadaire couvrant la période du 15 au 31 mai 2026, l’Observatoire du Numérique et de l’Actualité (ONAC) et Collectif 24 alertent sur le fait que la souche Bundibugyo d’Ebola ne se propage pas seule. Selon ces organisations de droit congolais, les rumeurs et les fausses informations fragilisent la riposte sanitaire et alimentent la méfiance communautaire.

Pour ONAC et Collectif 24, Ebola n’est pas un souvenir du passé. Cette souche, dépourvue de vaccin homologué, impose une vigilance maximale. Mais, au-delà des défis cliniques, c’est la désinformation qui agit comme un « autre virus ».

« Quand les malades sont cachés par peur des centres de traitement, le virus circule librement. La bataille se joue autant dans la sphère de l’information que dans les laboratoires », soulignent-elles.

Une double crise

Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’épidémie s’accompagne d’une infodémie particulièrement sévère. Les rumeurs poussent les communautés à dissimuler les cas suspects, à recourir à des remèdes non validés et, parfois, à s’opposer violemment aux équipes médicales.

À Kinshasa, bien que la ville ne soit pas touchée par le virus, la communauté amplifie des narratifs politico-financiers et complotistes.

Sur le plan des résultats, ONAC et Collectif 24 indiquent avoir documenté 54 rumeurs, dont 37 corrigées, soit un taux de riposte de 68,5 %. La province de l’Ituri arrive en première position avec 21 rumeurs, principalement des théories de complot autour de l’hôpital. Le Nord-Kivu vient en deuxième position avec 16 rumeurs centrées sur de faux traitements (décoctions, cannabis). Le Sud-Kivu, quant à lui, enregistre 10 rumeurs qui nourrissent la méfiance envers les protocoles cliniques. Enfin, Kinshasa termine la liste avec 7 rumeurs, relayant des narratifs politico-financiers et sportifs.

Des mesures pour agir, maintenant et après la crise

Face à cette situation, le rapport ONAC propose des mesures immédiates et post-crise, notamment : décentraliser la communication en organisant des points de presse réguliers au niveau local ; intégrer l’ingénierie infodémique dans la riposte médicale officielle ; sécuriser les zones de santé par des vigiles communautaires plutôt que par des forces militaires ; financer la résilience locale en soutenant les structures de fact-checking ; etc.

Une vérité fondamentale

Le rapport ONAC et Collectif 24 rappelle que :« La lutte contre Ebola ne se gagne pas uniquement avec des protocoles cliniques, mais aussi dans l’espace informationnel. Neutraliser l’infodémie est une condition indispensable pour restaurer la confiance, protéger les communautés et assurer l’efficacité de la riposte sanitaire. »

Avec un taux de correction de 68,5 % des rumeurs, ces organisations estiment que la vérité peut circuler plus vite que les fausses informations, à condition d’investir dans la résilience communautaire et institutionnelle.

Frédéric BAGALWA

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