Dans un contexte politique souvent marqué par des tensions et des débats sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo (RDC), certaines voix proposent une approche alternative à une réforme constitutionnelle globale. Parmi elles, le professeur Louis Akilimali Kahumbugu Chiririmbo, docteur honoris causa en paix et gestion des conflits, qui plaide à nouveau pour une révision ciblée de certains articles clés de la Constitution plutôt que pour un changement radical de celle-ci.
Selon lui, la Constitution congolaise n’est pas fondamentalement défaillante, mais elle nécessite des ajustements sur des dispositions spécifiques afin de mieux répondre aux réalités actuelles du pays. Cette approche vise à préserver la stabilité institutionnelle tout en corrigeant les faiblesses observées dans la pratique.
Parmi les dispositions évoquées par le professeur Akilimali figure l’article 220, qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux. Si ce principe est considéré par certains comme un pilier de la démocratie, d’autres estiment qu’une révision pourrait permettre une continuité du leadership dans un contexte où les institutions restent fragiles.
Les articles 69 et 70, relatifs à la décentralisation, sont également pointés du doigt. Bien que la Constitution prévoie un État décentralisé, la mise en œuvre de ce modèle reste incomplète et inefficace dans plusieurs provinces. Une révision pourrait renforcer les mécanismes de gouvernance locale et améliorer la gestion des territoires.
L’article 217, portant sur la souveraineté nationale, suscite lui aussi des interrogations. Le professeur Akilimali estime qu’il pourrait être reformulé afin de faciliter une gestion plus efficace des ressources naturelles, notamment dans le cadre de partenariats internationaux gagnant-gagnant.
Enfin, l’article 12, qui garantit les droits et libertés fondamentaux, demeure un pilier essentiel. Toutefois, son application est souvent compromise par des problèmes structurels tels que la corruption et la faiblesse des institutions. Une révision pourrait viser à renforcer les mécanismes de protection et de mise en œuvre de ces droits.
Le professeur Louis Akilimali Kahumbugu Chiririmbo insiste pour que toute initiative de révision constitutionnelle, même partielle, s’inscrive dans un cadre transparent et participatif. La société civile, les acteurs politiques, les experts et les citoyens doivent être pleinement impliqués afin de garantir la légitimité des réformes. Il appelle à l’organisation d’un dialogue national inclusif entre Congolais pour éviter toute perception de manipulation politique. Dans un pays où les questions constitutionnelles ont souvent été source de crise, la prudence reste de mise.
Au‑delà des débats techniques, l’enjeu principal demeure la recherche de solutions durables pour la stabilité et le développement de la RDC.
« Si elle est bien conduite, une révision ciblée de la Constitution pourrait contribuer à renforcer les institutions, améliorer la gouvernance et restaurer la confiance des citoyens», affirme le professeur Akilimali.
Dans un climat politique parfois tendu, cette proposition apparaît comme une tentative de compromis entre immobilisme et bouleversement, offrant ainsi une piste de réflexion pour l’avenir du pays.
Rebecca Maburuki