Plus de 2,3 millions d’enfants âgés de 0 à 5 ans sont ciblés par une campagne de vaccination de riposte contre la poliomyélite, prévue à partir du 12 novembre au Sud-Kivu. Cette opération d’envergure fait suite à la confirmation de deux cas de poliovirus dans la zone de santé de Kitutu, en territoire de Mwenga.
L’information a été confirmée par le Dr Claude Bahizire, chargé de communication à la Division provinciale de la santé (DPS) du Sud-Kivu.
Deux cas : le chiffre peut sembler faible, mais, en épidémiologie, la détection d’un cas de poliomyélite constitue un signal d’alerte majeur. Pour chaque cas de paralysie identifié, on estime que 200 à 1 000 personnes peuvent être porteuses du virus sans présenter de symptômes. Autrement dit, le virus pourrait déjà circuler.
La maladie menace une zone à haut risque. Kitutu, Kalole, Kamituga et Mwenga sont des localités minières marquées par une forte mobilité de la population et une importante promiscuité. La couverture vaccinale y a également été fragilisée par des mois d’insécurité et par l’enclavement de la RN2. Le virus n’a pas besoin d’une route en bon état pour se propager : il se déplace avec les personnes.
Les épidémiologistes redoutent une propagation vers Kamituga, le centre de Mwenga et jusqu’à Bukavu, où la densité de population pourrait favoriser une flambée épidémique.
Face à cette menace, la vaccination reste le principal moyen de prévention. La poliomyélite ne se soigne pas et, une fois la paralysie installée, les séquelles sont irréversibles. Le vaccin oral, gratuit et administré en deux gouttes, contribue à protéger les enfants et à réduire la transmission du virus. La vaccination a permis de faire reculer la maladie de 99 % dans le monde.
La vaccination contribue aussi à protéger l’ensemble de la communauté. En vaccinant son enfant, on le protège, tout en aidant à limiter la circulation du virus dans le quartier ou le village, notamment au bénéfice des nouveau-nés qui n’ont pas encore l’âge d’être vaccinés.
La poliomyélite entraîne également de lourdes conséquences économiques et sociales. Un enfant paralysé peut voir sa scolarité compromise, tandis que sa famille doit faire face à des besoins de soins et d’accompagnement à long terme.
C’est pourquoi la DPS insiste : cette campagne n’est pas une option, mais une urgence de santé publique. Les équipes iront de porte en porte et interviendront également dans les marchés, les églises, les écoles et les carrés miniers. Aucun enfant âgé de 0 à 5 ans ne doit être oublié, même s’il a déjà été vacciné auparavant.
Au micro de notre confrère Bertin Byamungu, le Dr Claude Bahizire lance un appel aux parents : « Ouvrez vos portes, gardez vos enfants à la maison le jour du passage et vérifiez la marque sur le petit doigt. Deux gouttes peuvent sauver une vie. »
Sabin Munguakonkwa