L’Église catholique et la communauté du Sud-Kivu rendent hommage à Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, archevêque de Bukavu, assassiné il y a trente ans dans cette ville.
Le 29 octobre 1996, vers 18 heures, au carrefour de Nyawera, il a été abattu par un commando qui venait de prendre la ville. Son chauffeur et son garde du corps ont également été tués. Le corps de l’archevêque, un crucifix à la main, est resté plus de vingt-quatre heures dans une rue déserte avant d’être récupéré par des séminaristes. Il a été inhumé le 31 octobre, dans une ville fantôme, lors de funérailles auxquelles 71 personnes à peine ont assisté.
La veille, il avait lancé à la radio son dernier appel, souvent considéré comme son testament : que Dieu n’abandonne pas Bukavu et qu’une petite lueur d’espoir s’élève quelque part dans le monde. Toute la ville avait fui. Lui était resté, dernière autorité encore présente, pour tenter d’organiser l’accueil des réfugiés et la défense de la population civile.
Surnommé « l’Oscar Romero du Congo », ce jésuite né en 1926 à Lukumbo reste une figure de foi indissociable du courage. Trente ans plus tard, sa mémoire demeure vivace au Sud-Kivu, une région qui n’a jamais cessé d’être éprouvée par les conflits armés.
Sa cause de béatification, elle, avance lentement. Le 28 mai 2016, le Vatican accorde le nihil obstat : Mgr Munzihirwa devient alors serviteur de Dieu. La phase diocésaine s’ouvre le 16 janvier 2017 à Bukavu et s’achève en octobre 2018. Depuis, le dossier, placé sous scellés, attend à Rome la suite de la procédure canonique.
Pour mieux comprendre l’homme derrière le futur bienheureux, nous avons rencontré Jean Moro Tubibu, acteur de la société civile à Bukavu, qui l’a côtoyé de son vivant.
Pour lui, Munzihirwa était avant tout « un homme fort, généreux, doté d’une grande hospitalité ». Son engagement remontait à ses années de jeune jésuite à Kinshasa, à l’époque de Lovanium.
« Quand Mobutu a tué les étudiants, Munzihirwa faisait en sorte de les accueillir dans sa chambre afin de mettre certains d’entre eux à l’abri », témoigne-t-il. Un geste salvateur : l’archevêque avait même insisté pour être enrôlé avec ses novices, afin de mieux les protéger.
C’est ce même réflexe de pasteur qu’il a manifesté à Bukavu, au plus fort de la crise des réfugiés.
« En collaboration avec le Groupe Jérémie, il exprimait sa compassion en donnant des vivres et des biens non alimentaires aux réfugiés venus du Rwanda », poursuit Jean Moro Tubibu. Il allait parfois plus loin : « Il abritait même chez lui certaines victimes rwandaises après le génocide. Pour lui, c’était vivre l’Évangile : “J’avais faim, vous m’avez donné à manger ; j’avais besoin d’un abri, vous m’avez accueilli.” »
C’est ce même courage qu’il a manifesté en octobre 1996.
« Lors de la guerre de l’AFDL, ici à Bukavu, il disait qu’il fallait résister, ne pas fuir la ville », rappelle Jean Moro Tubibu. Alors que les autorités civiles et militaires quittaient la ville, Munzihirwa appelait à rester auprès de la population abandonnée.
Sa mort à Nyawera a été vécue comme un effondrement. « À sa mort, toute la communauté était en détresse, croyant qu’elle n’avait plus de secours ni de solidité », confie Jean Moro Tubibu.
Trente ans plus tard, alors que sa béatification est toujours attendue, son héritage garde une actualité brûlante. « Certaines histoires devraient être rendues accessibles à la communauté pour montrer la solidarité entre les communautés, en se référant toujours aux actes de Mgr Munzihirwa », plaide-t-il.
Dans l’est du Congo, où l’accueil de l’autre reste parfois une question de vie ou de mort, son message continue d’interpeller l’Église et l’ensemble de la société congolaise.
Sabin Munguakonkwa