Après avoir vaincu la maladie à virus Ebola, le retour dans la communauté peut devenir une nouvelle épreuve. Elle est souvent marquée par la peur, les préjugés et parfois la stigmatisation. Pourtant, l’expérience de Jérémie MABE, aujourd’hui guéri d’Ebola, montre qu’une communauté bien informée peut transformer le retour d’un survivant en un moment de solidarité, d’acceptation et d’espoir.
À sa sortie du centre de traitement, Jérémie a retrouvé les siens dans de bonnes conditions. Contrairement à certains survivants qui font face au rejet, il affirme avoir été chaleureusement accueilli par sa famille, ses amis et ses collègues de service.
« Quand je suis rentré, les amis, ma famille et les collègues de service m’ont bien accueilli. Je me suis senti accepté et soutenu. Cela m’a beaucoup encouragé », témoigne Jérémie MABE.
Pour lui, cet accueil a constitué une étape importante après les moments difficiles traversés pendant la maladie. Entouré de ses proches, il a pu reprendre progressivement une vie plus normale, même s’il reconnaît encore ressentir certaines séquelles.
La famille : premier rempart contre la stigmatisation
Pour un membre de la famille de Jérémie, le retour d’un survivant ne doit pas être perçu comme une source de peur. La famille reste le premier espace où l’acceptation, l’écoute et le soutien doivent se manifester.
Dans le cas de Jérémie, l’accueil reçu illustre l’importance de la solidarité familiale. Au lieu de l’isoler ou de le regarder avec méfiance, ses proches ont choisi de l’accompagner et de lui redonner confiance.
Cette attitude contribue à réduire les conséquences sociales et psychologiques que peuvent entraîner les préjugés et la stigmatisation liés à Ebola.
Les leaders communautaires au cœur de l’acceptation
Les chefs communautaires, les responsables religieux, les jeunes, les femmes et les autres leaders d’opinion jouent un rôle majeur dans l’acceptation et la réintégration des survivants.
Grâce à la sensibilisation et au dialogue avec la population, ces acteurs peuvent rassurer les communautés, transmettre des informations fiables sur Ebola et encourager les familles à accueillir les personnes guéries avec dignité.
Selon un chef de dix maisons, accueillir une personne guérie constitue aussi un geste de solidarité qui renforce la cohésion au sein de la communauté.
L’expérience de Jérémie montre ainsi que l’information et la solidarité peuvent progressivement remplacer la peur et la méfiance.
La guérison ne signifie pas la fin de l’accompagnement
Du côté des professionnels de santé, la prise en charge ne devrait pas se limiter uniquement à la guérison de la maladie. L’accompagnement du survivant et sa réintégration dans la communauté restent des étapes essentielles.
Les agents de santé peuvent rappeler à la population l’importance de s’appuyer sur des informations sanitaires fiables et d’éviter les rumeurs susceptibles d’alimenter la peur et la stigmatisation.
La guérison est une étape majeure, mais le soutien de la communauté demeure indispensable pour permettre au survivant de retrouver pleinement sa vie familiale, sociale et professionnelle.
L’accompagnement psychosocial pour restaurer la confiance
Même lorsque le survivant est bien accueilli, l’accompagnement psychologique et social reste important. Un psychologue ou un professionnel en communication sur les risques et l’engagement communautaire (RCCE) peut aider le survivant et son entourage à exprimer leurs inquiétudes, à déconstruire les fausses informations et à restaurer la confiance.
Pour Jérémie, le bon accueil reçu envoie un message d’espoir aux autres personnes guéries : il est possible de retourner dans sa communauté, d’y être accepté et d’y retrouver sa place.
Son histoire rappelle que la guérison d’Ebola ne doit pas mener à une nouvelle forme d’exclusion. Au contraire, elle doit ouvrir la voie à un retour à la vie familiale, sociale et communautaire.
La communication au service de la réintégration
Dans cette dynamique, les actions de sensibilisation restent déterminantes pour améliorer la compréhension de la maladie et réduire les préjugés envers les survivants.
Le programme Stabilisation Réactive par la Transition (RESET/Nguzo ya Mabadiliko) est mis en œuvre dans le territoire d’Irumu (province de l’Ituri), ainsi que dans la ville de Beni (Nord-Kivu). Il est porté par un consortium composé de Mercy Corps, Justice Plus, APC, OIM et SOFEPADI, avec le financement du gouvernement britannique à travers FCDO/UKAID.
À travers ses interventions, le programme contribue aussi à la sensibilisation des communautés dans la riposte contre la maladie à virus Ebola. Depuis l’annonce officielle de cette 17ᵉ épidémie par le ministère congolais de la Santé en mai, des contenus de sensibilisation sont produits et diffusés, notamment via des émissions et des spots radiophoniques, ainsi que des articles publiés en ligne.
Ces actions de communication permettent d’informer davantage la population sur la maladie, de lutter contre les rumeurs et les fausses informations, et de favoriser l’acceptation et l’accompagnement des personnes guéries d’Ebola au sein de leurs communautés.
ILANGA TEMBA David